Le Saviez-Vous vous souhaite la bienvenue

Friand de culture, avide de savoir ?

L'idée est simple : une info par jour ou presque. Certaines vous amuseront, certaines vous fascineront, d'autres vous laisseront sans doute perplexes...

Merci de votre fidélité et à très bientôt.




lundi 7 décembre 2009

Le pied de nez de Romain Gary au Tout-Paris littéraire

Romain Gary, de son vrai nom Roman Kacew, né le 8 mai 1914 à Vilnius (Lituanie) et mort le 2 décembre 1980 à Paris, est un romancier français originaire de Pologne, unique double lauréat du Prix Goncourt.
Il obtint une première fois ce prix en 1956 pour les Racines du ciel, puis une seconde fois sous le pseudonyme d'Émile Ajar en 1975 pour La Vie devant soi, alors qu'un auteur n'est pas autorisé à recevoir ce prix plus d'une fois.

Le 17 novembre 1975, Ajar reçut le prix Goncourt. Le 20 novembre - coup de tonnerre! -, l'auteur fit savoir qu'il refusait le prix. Ce fut l'indignation générale. Tout le monde trouva peu glorieux qu'il ne renonçât pas du même coup aux droits d'auteur que lui assurait cette consécration. Deux jours après, on apprit par La Dépêche du Midi qu'Ajar s'appelait de son vrai nom Paul Pavlowitch et qu'il était le neveu de Romain Gary. L'« affaire Ajar » débutait. Le Goncourt ne pouvant être décerné qu'une seule fois, les soupçons attisèrent l'inquiétude du jury. Romain Gary, qui avait reçu le Goncourt en 1956, nia vigoureusement avoir tenu la main de son neveu, reprochant même aux médias leur acharnement.
Conséquence de ce jeu du chat et de la souris: l'oncle et le neveu tinrent le haut du tableau des meilleures ventes pendant plusieurs semaines, le premier avec Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable, publié en juin 1975, le second avec La vie devant soi.

Ce n’est qu’après sa disparition, en 1981, que l’on apprit qu’il était l'auteur de quatre romans sous le pseudonyme d'Émile Ajar.
Cependant cette mystification Ajar/Gary n'était à priori pas passée inaperçue de tous. Dans son roman autobiographique Le Père adopté, Didier Van Cauwelaert rapporte qu'une étudiante de la Faculté de lettres de Nice, qu'il nomme Hélène, préparait, deux ans avant la révélation publique, un mémoire où elle soutenait au grand désarroi de ses professeurs que Gary et Ajar étaient une seule et même personne.

Ajoutons qu'Ajar et Gary ne furent pas ses seuls pseudonymes puisqu'il est aussi l'auteur d'un polar politique, sous le nom de Shatan Bogat Les Têtes de Stéphanie, et d'une allégorie satirique signée Fosco Sinibaldi (les lettres s, i et n masquant les g, a et r de Gar-ibaldi) L'Homme à la colombe.

Méprisé par la critique de son vivant, considéré comme auteur réactionnaire parce que diplomate gaulliste, Gary fit avec l'épisode Emile Ajar un véritable pied de nez au Tout-Paris littéraire.

« Je me suis bien amusé, au revoir et merci »
Romain Gary