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jeudi 25 février 2010

L'origine de l’expression un secret de Polichinelle

Un secret de Polichinelle est un secret que tous et toutes connaissent, mais qui n’est pas d’une connaissance partagée.

Polichinelle est un personnage de la Commedia dell'arte - genre de théâtre populaire italien apparu avec les premières troupes de comédie avec masque, en 1528. Il est doublement bossu, une bosse devant, une derrière. Mais il est plein d’esprit et de débrouillardise.
Dans un épisode de ses aventures, alors qu’il est au service du roi, il veut se venger d’un seigneur extrêmement infatué de sa personne (excessivement content de soi), qui se vante de sa légèreté à la danse. Polichinelle évoque alors devant le roi l’infirmité cachée de ce seigneur. Comme le roi ignore tout de cette infirmité, Polichinelle la lui révèle, sous le sceau du secret : ce seigneur aurait le corps couvert de plumes. Puis il fait de même avec tous les courtisans, en recommandant le secret à chaque fois. Bientôt tout le monde est au courant. "C’est pourquoi on appela depuis secrets de Polichinelle tous les secrets mal gardés".

Le secret de Polichinelle se distingue donc par le fait que les détenteurs du "secret" ne manifestent pas librement la connaissance qu’ils ont (parce qu’ils croient qu’il vaut mieux, pour eux ou pour d’autres, ne parler qu’avec des gens de confiance ou même complètement se taire), et par conséquent qu’ils ignorent le niveau de connaissance des autres. On est alors dans la situation où "les apparences sont sauves", "personne n’a perdu la face".

Le conte Les Habits neufs de l'empereur illustre ce type de phénomène : à l’instant critique, tout le monde voit que le roi est nu, mais se comporte comme s’il était habillé de façon extraordinaire, pour ne pas révéler sa connaissance de cette nudité.
Autre exemple : Un père interdit à son fils de sortir. Or, un soir, le père voit son fils dehors : il sait donc, mais son fils ignore qu’il sait. Puis le père en parle à un ami, conversation surprise par le fils : à son tour, le fils sait que son père sait, alors que le père ignore que son fils sait qu’il sait (etc. : on peut faire durer le jeu longtemps, seul l’exposé devient difficile...). On voit bien que ce type de situation, même en poussant à l’infini, est très différente de celle où le père et le fils se croisent dehors. Dans le premier cas, il reste tout un jeu possible (faire semblant d’ignorer et choisir le moment de la révélation, faire "spontanément" amende honorable…), dans le second, le père devra abdiquer ou le fils se soumettre dans une confrontation directe et immédiate.