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dimanche 1 août 2010

Qu’est ce que la « Querelle des Bouffons » ?

La Querelle des Bouffons (ou Guerre des Coins) est une controverse parisienne qui a opposé au cours des années 1752 - 1754 les défenseurs de la musique française groupés derrière Jean-Philippe Rameau (coin du Roi) et les partisans d'une ouverture vers d'autres horizons musicaux, réunis autour du philosophe et musicologue Jean-Jacques Rousseau (coin de la Reine), partisans d'italianiser l'opéra français.


La serva padrona Pergolese
Au XVIIIe siècle, l'opéra italien a fortement évolué, plus rapidement que la tragédie lyrique ou tragédie en musique (typiquement française) jusqu'à se scinder en deux genres, l'opera seria et l'opera buffa ou opéra comique (buffo = qui prête à rire, grotesque) qui introduit au théâtre des intermèdes comiques empreints de légereté, de naïveté, de simplicité, d'irrationnel et de la trivialité du quotidien.


La querelle éclate le 1er août 1752, lorsqu'une troupe itinérante italienne, celle d'Eustacchio Bambini, s'installe à l'Académie royale de musique (le futur Opéra) pour y donner des représentations d'intermezzi et d'opéras bouffes. Ils débutent avec la représentation de La serva padrona de Pergolèse. L'Académie royale n'a pas la souplesse de la Comédie Française où l'on peut sans problème alterner des tragédies avec les comédies ou les farces de Molière.


Le succès inattendu de ces "bouffons" va diviser l'intelligentsia musicale parisienne en deux clans. Entre partisans de la tragédie lyrique, royale représentante du style français, et sympathisants de l'opéra-bouffe, truculent défenseur de la musique italienne, va naître une véritable querelle pamphlétaire qui animera les cercles musicaux de la capitale française jusqu'en 1754.
Jean-Jacques Rousseau fera d’ailleurs l'apologie des qualités musicales de l'italien et tout en accablant très sévèrement le français. Dans le monde parisien, on lui tiendra rigueur de tels propos tant au titre de provincial que d'étranger.


A travers l'enjeu de domination culturelle (la France contre l’Italie et plus généralement l’Europe) se joue surtout la confrontation de deux esthétiques. Dans la quarantaine de pamphlets qui émaillent la période, le contraste est récurrent entre une langue italienne toute musicale et un opéra italien qui privilégie le chant face à une langue française plus consonantique, plus articulée et un genre français plus soucieux du texte. De plus, pour le parti "français", le rire provoqué par l'opéra comique est considéré comme nocif parce qu'il fait perdre la maîtrise de soi et est contraire à la raison alors que le parti "italien" en appelle à l'emportement et à l'émotion.


En fin de compte, il apparaît que cette polémique, qui s'éteindra au bout de deux ans, aura constitué un grand moment d'ouverture de la musique française à des valeurs esthétiques nouvelles. La forme française, sans renoncer à elle-même, va s'ouvrir à des influences et renouveler le genre. À la Comédie-Italienne et au théâtre de la Foire en particulier, va se mettre en place un nouveau système d'opéra qui réutilise ce qui a été l'objet de la querelle : naturel et simplicité face à la richesse harmonique de la tragédie en musique.